Accueil
 Edito  Manifeste  Arguments  Chronologie  Nous contacter  Télécharger  Contributions English version 
 FAQ  Nos chers députés  Forums  Pétitions  Objection  Insoumis/déserteurs  Liens  

 Edito 

Est-il encore utile de présenter le Collectif «SansNous»?

Il a déjà rassemblé de milliers de personnes autour d'une idée très simple: rien ne légitime de continuer à imposer à certains 10 mois de service national, dès lors que la plupart des jeunes n'ont plus qu'une journée à faire voire rien Trois poids, trois mesures basées uniquement sur le critère de l'année de naissance, c'est ce que les «SansNous» dénoncent depuis leur création.

Un des aspects du travail des «SansNous» a consisté dès le début à conseiller et soutenir les sursitaires risquant d'être incorporés: reports d'incorporation et objection sans poste.
L'autre aspect a consisté à montrer notre détermination commune à l'occasion de manifestations.

Au printemps dernier, nous avons été des milliers à scander "on veut pas y aller... et on n'ira pas". Depuis, certains d'entre nous ont été convoqués au service militaire et ont eu la possibilité de mettre cette menace à exécution.
Ces derniers mois, nous avons appris que dans certaines casernes, il manquait 20 à 30% des personnes convoquées aux dernières incorporations... eh bien ces absents ont tous été réformés! De dociles appelés qui n'ont pas osé faire comme eux nous ont transmit l'information.

Cas particuliers? Tendance générale valable dans tout le pays? Il restera sûrement impossible de disposer de statistiques nationales sur ce point tant que le service national obligatoire n'aura pas totalement disparu. Mais nous avons notre opinion.
Le ministre de la défense a lui aussi son discours sur le sujet. Il n'y aurait que 2% d'insoumis: pas plus que dans les années passées! Précisons simplement qu'on ne peut devenir insoumis qu'en cas d'absence à la deuxième convocation au service national.
Les appelés de plus en plus nombreux qui sont réformés du simple fait de leur absence au premier rendez-vous ne feront donc jamais partie des statistiques du ministre.
Les apparences sont sauves!

Pendant plusieurs décennies, celui qui refusait le service militaire sans pour autant être objecteur, n'arrivait à y échapper qu'après un an (ou 10 mois depuis 1992) de prison effectif. Nos ancêtres, nos parents, nos aînés ont connu cette période où l'armée sanctionnait lourdement ceux qui refusaient de marcher au pas afin d'intimider ceux qui auraient pu penser à les imiter.
Aujourd'hui, alors que le service national est voué à disparaître, cette même armée préfère se débarrasser en douceur de ses recrues les moins dociles. Trop de procès pour insoumission risqueraient en effet de nuire à l'image de marque d'un service national de plus en plus contesté.

Il ne fait aucun doute qu'un tel renversement de situation est dû à la mobilisation des milliers de personnes (sursitaires ou non) qui au printemps dernier se sont retrouvées pour dénoncer dans un même élan l'injustice d'un service national imposé à certaines personnes, du simple fait de leur année de naissance.
Pourtant l'enthousiasme du printemps dernier semble retombé. De nombreux manifestants d'alors étaient des salariés du secteur privé. Après les premières manifestations, le ministre leur a annoncé un nouveau report d'incorporation jusqu'en 2002. La presse s'est fait écho de ces mesures en laissant entendre que tout était arrangé.
Or, le code du service national prévoit que le service obligatoire n'aura disparu qu'au 1er janvier 2003. Ce qui laisse de nombreuses possibilités d'incorporation courant 2002, éventuellement pour moins de 10 mois. Curieusement, de nombreux sursitaires sous contrat de travail semblent s'être satisfait de leur nouveau report d'incorporation qui pourra leur donner en 2002 le privilège de faire partie des derniers des pigeons!

Dans les Collectifs «SansNous», nous n'acceptons pas ce genre de demi mesure. Nous continuons à demander :

  • L'exemption du service national pour tous les sursitaires qui en feraient la demande,
  • La libération de tous les appelés qui le souhaiteraient,
  • L'amnistie et l'arrêt des poursuites envers les insoumis et déserteurs du service national.
  • En résumé, puisque les jeunes nés à partir de 1979 peuvent choisir d'effectuer un service militaire ou se limiter à une journée de "formation" (même pas obligatoire pour ceux de 1979), nous demandons la même liberté de choix pour les autres.
    Les «SansNous» ont rédigé une proposition de loi dans ce sens. Elle a été transmise à l'ensemble des députés et sénateurs du pays.
    De son coté, le ministre a annoncé quelques jours après de nouvelles mesures visant à libérer au bout de 8 mois les appelés qui trouveraient un emploi et à payer à peu près un mois de SMIC à ceux qui resteraient jusqu'au 10ème mois. De telles mesures ne peuvent que paraître ridicules à un «SansNous». Le code du service national prévoit depuis longtemps la possibilité de libérer des appelés durant les 4 derniers mois de service. Rien de très neuf donc. Mais pour le grand public qui n'est pas supposé avoir étudié à fond le sujet, ce genre de proposition peut laisser croire que décidément, ce ministre, il assure! Bref, beaucoup de travail reste à faire.

    Nous avons déjà gagné les deux premières manches. Les «SansNous» sont connus et reconnus, et l'armée préfère à présent éviter d'incorporer des personnes qui lui mettrait trop de bâtons dans les roues. Il reste à transformer l'essai.

    Suite à l'envoi notre proposition de loi, un député en a proposé une autre visant à avancer d'un an la fin du service national et la libération des appelés. C'est un premier pas qu'il justifie par la nécessité d'éviter que le problème du service national ne devienne un enjeu électoral lors des prochaines présidentielles. Une mesure de gestionnaire pour éviter qu'un problème politique ne prenne trop d'ampleur à un mauvais moment en quelques sortes. Depuis, 5 autres députés ont repris en leur nom la proposition de loi des «SansNous». Elle a été transmise à la commission défense de l'Assemblée Nationale. Un grand pas en avant, mais beaucoup de lois ont suivi le même trajet avant de tomber dans l'oubli. Il ne faudra pas que ce soit le cas de celle là.

    Chacun depuis sa ville peut faire avancer les choses. Pas besoin d'habiter Paris pour rappeler certains problèmes à son député ou à son député ou à son sénateur est quelquefois aussi le maire de la commune. Si partout dans le pays de nombreux citoyens de base prennent la peine de rédiger un courrier, ça ne leur prendra pas beaucoup de temps et l'accumulation des demandes ne passera pas inaperçue.
    Il ne faudrait pas forcément non plus beaucoup d'efforts pour des groupes de «SansNous» se reconstituent et s'organisent dans les régions où la mobilisation est retombée. Est il normal qu'un père de sursitaire en vienne à regretter de ne trouver aucun jeune motivé dans son département? Qu'ailleurs un coordinateur affirme avoir honte de faire partie d'une génération d'individualistes? Ne les laissons pas se décourager.

    En 1979, des dizaines de milliers de motards français se sont regroupés pour s'opposer à des projets de lois discriminatoires à leur égard. Ils ont fini par gagner sur tous leurs points de revendication.
    Pendant plus de 25 ans le mur de Berlin a créé une situation absurde et de nombreux morts. Un jour, ils ont été de milliers à s'organiser pour rétablir la libre circulation dans leur ville. L'affaire a été réglée en quelques heures. Et le 31 décembre suivant, des gens de tous les continents sont venus fêter la liberté sur le mur à la surprise des autochtones qui pensaient que leurs problèmes se limitaient à une affaire nationale!
    Il ne serait pas difficile de trouver d'autres exemples bien plus récents. Le service national français concerne directement quelques centaines de milliers de sursitaires. Indirectement, beaucoup plus de monde, surtout si l'on songe que des valeurs comme l'égalité ou la liberté de choix méritent d'être défendues pour elle mêmes, indépendamment d'une perspective de profit immédiat.

    Alors sursitaires du service national, personnes récemment tirées d'affaire, ex appelés, parents et amis de sursitaires, ou plus simplement personnes de tout sexe et de tout âge attachées aux notions de liberté, d'équité ou de justice, tous ensemble nous pouvons gagner, comme l'ont déjà fait à plusieurs reprise d'autres personnes sur d'autres sujets. Et plus tard, il nous restera plein de bons souvenirs à raconter fièrement à nos enfants. Il suffit de continuer le travail, de nous y mettre, ou de nous y remettre.

    Le Collectif «SansNous»